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Rentrée au travail : et si le vrai défi était de recomposer le collectif plutôt que de reprendre comme avant ?

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Après plusieurs semaines où les équipes ont travaillé en ordre dispersé, la rentrée au travail ne consiste pas seulement à reprendre ses marques, les réunions et les habitudes. Le véritable enjeu pour le manager est de refaire corps : recomposer un collectif qui, pendant deux mois, a vécu au rythme des absences, des relais et d’une organisation différente, pour retrouver une dynamique collective au service de la performance.


Réunion de travail dans un bureau lumineux : un homme utilise une tablette, plusieurs collègues flous discutent autour d’une table.

Sauf en cas de fermeture complète de l’entreprise, la vie professionnelle ne s’arrête jamais vraiment pendant l’été. Elle fonctionne souvent au ralenti, avec des effectifs réduits, des absences qui se succèdent et des responsabilités qui se redistribuent. Les réunions sont suspendues, certains prennent le relais d’un collègue pour assurer la continuité de l’activité, des décisions se prennent sans ceux qui sont absents et les dossiers avancent autrement.


À la rentrée, le réflexe est alors souvent de vouloir reprendre comme avant : remettre les réunions et les rituels en place, retrouver les habitudes et, pour les managers comme pour les collaborateurs, se « remettre dans le bain ». Mais pour que chacun puisse individuellement retrouver ses marques, l'équipe doit se reformer : un collectif ne fonctionne pas en mode on/off.

L’enjeu pour le manager n’est donc pas seulement de remettre l’équipe en ordre de marche, mais de recomposer le collectif pour lui permettre de retrouver une dynamique de coopération et de performance.


Le mot du mois : RECOMPOSER


Recomposer, c’est former à nouveau un ensemble à partir d’éléments qui ont évolué. C’est exactement ce qui peut se jouer dans une équipe au moment de la rentrée. La question à se poser est simple : comment ressouder le collectif ?


1. Commencer par regarder ce qui s’est passé


Le réflexe habituel consiste à commencer la rentrée par les objectifs, les priorités, les échéances et le planning.


Pourquoi ne pas faire un pas de côté ? Avant de fixer le cap et de définir avec l’équipe ses priorités pour les prochaines semaines, prendre le temps de regarder comment elle s’est organisée pendant les mois de juillet et août.


Un collaborateur a peut-être pris en charge les dossiers d’un collègue et découvert une activité qu’il connaissait peu. Un autre a travaillé en binôme avec une personne avec laquelle il collabore rarement. Certains ont trouvé une nouvelle manière de traiter un sujet. D’autres ont rencontré des difficultés qui n’étaient pas visibles dans le fonctionnement habituel et qui mériteraient d’être résolues.


Toutes ces expériences sont précieuses. Pourtant, elles restent souvent sans suite dès que tout le monde est de retour.


Le manager peut organiser un court retour d’expérience autour de trois questions :

  • Qu’est-ce qui a bien fonctionné cet été ?

  • Qu’est-ce qui a été plus compliqué ?

  • Qu’est-ce que cette période nous a appris sur notre manière de travailler ?


Celui qui a remplacé un collègue a peut-être développé une nouvelle compétence. Celui qui a travaillé en binôme a peut-être découvert une autre façon de faire. Celui qui est resté seul sur un périmètre a peut-être identifié une fragilité dans l’organisation.


L’objectif est de transformer une période de fonctionnement inhabituel en source d’apprentissage collectif, avec à la clé de nouvelles complémentarités et des processus à repenser ou à optimiser.


2. Valoriser et reconnaître les contributions de l’été


Après plusieurs semaines où chacun n’a pas forcément été au même endroit ni au même rythme, refaire corps passe aussi par la reconnaissance de ce qui a été accompli.


Le manager peut notamment prendre le temps de saluer la continuité de l’activité et les efforts fournis pendant les absences, mais aussi de faire circuler les informations qui permettent à chacun de retrouver sa place. C’est le moment de prévoir les passations de dossiers, de partager avec les personnes absentes les retours sur l’avancée de leurs sujets et de remercier ceux qui ont assuré les relais.


La reconnaissance peut aussi circuler entre collaborateurs. Pourquoi ne pas inviter chacun à identifier ce qu’un collègue a fait pendant son absence et qui a facilité la reprise de son travail ? Les signes de reconnaissance contribuent à recréer de la confiance et nourrissent la motivation, en donnant à chacun le sentiment que sa contribution compte.


3. Questionner les méthodes de communication et de travail


La rentrée est également une bonne occasion de faire le point sur les pratiques de l’équipe, avec une règle simple : ne pas reconduire automatiquement ce qui existait avant les vacances.


La méthode KISS peut alors servir de grille de lecture.


  • Keep : qu’est-ce qu’on garde dans nos habitudes et notre fonctionnement parce que cela porte ses fruits ?

  • Improve : qu’est-ce qui pourrait être adapté ou ajusté ?

  • Start : qu’est-ce qu’on pourrait tester et que l’on ne faisait pas jusqu’à présent ?

  • Stop : qu’est-ce qu’il convient d’arrêter parce que cela n’est plus satisfaisant ou utile ?


L’objectif est de questionner très concrètement le fonctionnement de l’équipe :


  • Cette réunion est-elle toujours nécessaire ?

  • Quel est précisément son objectif ?

  • Qui a réellement besoin d’y participer ?

  • Ce point pourrait-il être traité autrement ?

  • Ce reporting est-il encore utilisé ?

  • Ce rituel apporte-t-il suffisamment de valeur au regard du temps qu’il mobilise ?


Prenons une réunion hebdomadaire. Elle a peut-être été suspendue pendant trois semaines et l’équipe a continué à travailler sans elle. Au retour des congés, faut-il automatiquement la remettre dans les agendas ? Peut-être que oui. Mais peut-être aussi que cette interruption permet de constater que certains sujets peuvent être traités autrement, ou que l’ordre du jour mérite d’être revu.


Une question simple peut suffire à ouvrir le débat : « Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui parce que c’est vraiment utile, et qu’est-ce qu’on fait parce qu’on l’a toujours fait ? »


La rentrée peut ainsi devenir un moment pour simplifier et faire évoluer les pratiques, plutôt qu’un simple retour aux habitudes.


4. Ajuster la composition plutôt que remettre la même équipe sur le terrain


Pour penser cette rentrée, on peut faire un parallèle avec le sport. Lorsqu’un sélectionneur prépare une nouvelle rencontre, il ne demande pas simplement à son équipe de reproduire exactement la composition du match précédent. Il regarde les joueurs disponibles, leur état de forme, les complémentarités, les besoins du moment et ce qui s’est passé lors des dernières rencontres. Puis il ajuste.


Le manager peut adopter la même posture, non pas pour « sélectionner » ses collaborateurs, bien sûr, mais pour regarder comment le collectif peut fonctionner au mieux compte tenu de ce qu’il vient de vivre. En effet, après l’été, certains collaborateurs ont peut-être gagné en autonomie, découvert de nouvelles compétences, pris davantage de responsabilités ou créé de nouvelles habitudes de collaboration.


Le manager peut donc se demander : « Comment pouvons-nous nous appuyer sur ces nouvelles expériences et complémentarités pour mieux travailler ensemble ? »


Cela peut conduire à faire évoluer la répartition de certaines tâches, à créer de nouveaux binômes, à favoriser le partage de compétences ou simplement à donner davantage de place à ceux qui ont pris des initiatives pendant l’été.


Recomposer ne signifie pas tout bouleverser. C’est parfois simplement ajuster les rôles et les interactions pour permettre au collectif de mieux fonctionner.



C’est tout cela, recomposer le collectif.


Parce qu’un collectif ne se remet pas simplement en marche, il se recompose à partir des expériences vécues, des contributions de chacun, des nouveaux liens créés et des pratiques que l’on choisit de conserver, d’ajuster ou d’abandonner.



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